En Europe, la masturbation fut longtemps considérée comme une perversion. L'étymologie : manus stupratio (souillure par la main) implique un jugement péjoratif

. Aussi certains préfèrent aujourd'hui utiliser le terme autosexualité. Le terme onanisme a été créé malencontreusement par John Marten, un chirurgien, en 1710, d’après une interprétation faussée du récit Biblique d’Onan qui ne se réfère pourtant pas spécifiquement aux pratiques de plaisir solitaire. De ce fait, elle était - et reste - déconseillée par l’Église catholique en tant que pratique sexuelle ne menant pas à la reproduction ("impureté"). L’Église déconseille, actuellement, la masturbation, même lorsqu’elle est pratiquée dans le but d’une reproduction dans le cadre d’une procréation médicalement assistée.

« Quel qu’en soit le motif, l’usage délibéré de la faculté sexuelle en dehors des rapports conjugaux normaux en contredit la finalité. Pour former un jugement équitable sur la responsabilité morale des sujets et pour orienter l’action pastorale, on tiendra compte de l’immaturité affective, de la force des habitudes contractées, de l’état d’angoisse ou des autres facteurs psychiques ou sociaux qui amoindrissent voire exténuent la culpabilité morale. »

   — Catéchisme de l’Église catholique n.2352)

Simon-Auguste Tissot (1728-1797) publia un livre, Traité sur l’onanisme qui donne des remèdes pour vaincre les tentations qui eut un grand succès et soixante-trois éditions entre 1760 et 1905 : comme on peut le constater dans son ouvrage, il recommandait à l’époque la quinquina comme étant le meilleur remède contre les maladies causées par l’onanisme et le camphre comme anaphrodisiaque. Il donnait aussi une multitude d’autres conseils qui touchent le sommeil, comme prendre du vin avant de dormir, il recommande de ne pas rester trop longtemps au lit une fois réveillé et de faire de l’exercice, ainsi que d’utiliser la ceinture de chasteté, par contre il déplore les saignées.

Quant aux médecins et philosophes, ils la condamnaient à partir du Siècle des lumières (à part certains cyniques qui se masturbaient en public), la comparant au narcissisme ou prétextant que des éjaculations trop fréquentes « asséchaient » le corps et lui faisaient perdre son énergie, ce qui aurait eu pour effet de rendre le sujet amorphe. On sait cependant aujourd’hui qu’il n’en est rien.

Au reste, elle semble ne pas avoir été absolument condamnée par l’Église catholique quand elle s’inscrivait dans le cadre conjugal. Il est bien précisé dans L’Éducation de la Pureté du Docteur Albrand, publié en 1937 avec Nihil obstat et Imprimatur :

« Si vir seminaverit antequam mulier semen emittat (quod non raro occurrit, cum mulieres sint frigidiores viris), haec potest tactibus vel alio modo sese excitare; quamvis enim semen uxoris necessarium non sit ad generationem, complet actum conjugalem et concupiscentiam sedat. »

   — Theologia, Pars moralis

En France et au Québec certains disaient que la masturbation rendait sourd. Aux États-Unis, on disait qu’elle rendait aveugle. Dans certains pays européens on prétendait qu'elle fait pousser des poils sur les paumes.

Aux États-Unis, au XIXe siècle, on a promu l’idée que la masturbation était dangereuse, mais que la circoncision permettait de la limiter. Certains prétendaient qu’elle la rend moins agréable ou alors plus difficile (voir à titre d’exemple Portnoy et son complexe de Philip Roth). C’était la raison initiale du développement massif de la circoncision des enfants aux États-Unis. En ce qui concerne les petites filles, on a parfois pratiqué l’excision du clitoris, ou du moins de son capuchon.

Diogène de Sinope pour sa part se masturbait en public (« prendre son petit déjeuner »), et lorsqu’on lui en faisait la remarque, se contentait de répondre qu’il eût souhaité que la soif et la faim pussent se satisfaire elles aussi de manière aussi simple. (Aristophane dit de lui, qu’il faisait les œuvres de Vénus et Déméter dans les fora - il était également très mal vu de se repaître en public à l’époque).

Woody Allen, quant à lui, explique que s’il fait bien l’amour, « c’est parce qu’il s’est longtemps entraîné tout seul ». Dans le film Annie Hall (1977), il dit aussi, dans une réplique à Diane Keaton : « Ne critiquez pas la masturbation, c’est faire l’amour avec quelqu’un que j’aime » (« Don’t knock masturbation, it’s sex with someone I love »).